Histoire du 17ème au 19ème siècle

Les manufactures du cuivre à Landrichamps

Antoine-Laurent de Jacquier de Rosée

L'histoire de ces manufactures, d'Antoine-Laurent Jacquier de Rosée, de ses rapports avec Jean-Jacques Maus, et de l'apparition de la manufacture de Gédéon de Contamine à Fromelennes est présentée dans le feuillet produit à l'occasion du bicentenaire des usines du cuivre dans la vallée de la Houille, en 1987, également reproduite dans les Landri-info.

Note : le feuillet original contient photos et plans, qui ne sont pas inclus dans cette retranscription.

La batterie

Bâtiment aujourd'hui propriété privée et connu sous le nom «Le moulin».

Ancienne manufacture : à droite la tréfilerie, au centre la laminerie, la grange serait un vestige de la batterie.

Cette manufacture est l'une des premières a avoir travaillé le cuivre en France (ce type de production n'a débuté en France qu'en 1781) grâce à l'apport de compétences venues de l'étranger.1)

Le propriétaire, Antoine-Laurent de Jacquier de Rosée, affirme que tous ses établissements sont montés à la manière anglaise et conduits par des ouvriers venus d´Angleterre.

Elle est réalisée par Jean-Jacques Maus pour le compte de Jacquier de Rosée, il en devint plus tard le régisseur.2)

Le cadastre de 1823 et un plan de 1826 précisent l'occupation des bâtiments. D'après ces plans, le bâtiment actuel a perdu une partie de la laminerie et la batterie (la grange pourrait en être un vestige).3)

  • au centre se trouvait la laminerie avec deux couples de laminoirs à cuivre rouge et jaune ;
  • à gauche, une tréfilerie composée de six pincettes à tirer le laiton et de douze tambours pour le finir ;
  • à droite, une batterie actionnée par six marteaux ;
  • chaque bâtiment est actionné par sa propre roue hydraulique

Section du cadastre du 15 mai 1823, centré sur la manufacture

Pour faire fonctionner les deux usines proches, celle d'Anthée et celle de Landrichamps, il faudrait :

2 directeurs de manufacture, 2 écrivains, 2 maîtres fondeurs, 4 bons fondeurs, 2 fondeurs ou chaudronniers, 2 batteurs, 14 batteurs en chaudrons, 3 lamineurs, 6 tireurs de fils de laiton, 2 faiseurs de creusets, 4 manoeuvres, 4 charretiers avec 32 chevaux. Soit 47 personnes travaillant aussi bien dans l'un ou l'autre des deux établissements, en fonction des besoins.

En hiver on adjoindrait à cette équipe des coupeurs de bois et des «fondeux» (charbonniers). La production pourrait alors démarrer et réaliser des planches laminées, des fils de laiton, de la chaudronnerie.4)

Batterie du Vieux Pré

Il s'agit de la batterie construite par Alphonse de Jacquier de Rosée (fils d'Antoine-Laurent) en 1827, destinée à la fabrication de chaudrons.

En voici les plans d'alors :

Plan de la batterie du Vieux Pré construite en 1827 à Landrichamps

Aujourd'hui, il n'en reste que les ruines.

Le livre «Les Frontaliers» de Georges Perpète évoque le quotidien de deux ouvriers de Felenne qui y travaillaient.

Révolution française

Les archives parlementaires de 1879 ont conservé le cahier de la prévôté d'Agimont ou Givet (Bailliage d'Avesnes), 1787-1799. Il s'agit d'un cahier de doléances, dans lesquelles les communes de la pointe ont recueilli des points formulés lors d'assemblées générales ayant eu lieu le 2 avril 1789 et le 27 avril 1789. Landrichamp (ici sans 's') y est cité dans plusieurs articles.

On peut connaître le nom et la position des députés élus avec la charge de faire suivre ces doléances : Liste des députés aux États généraux de 1789 : Bailliage d'Avesnes.

On peut y lire, outre des questions liées à l'impôt et à la justice, et entre autres choses…

  • L'article 10, demande la simplification des lois civiles, et que la justice soit opérée avec plus de proximité et de façon à limiter les frais de justice. Il y a ici désaccord entre les communes environnantes sur les modalités, qui se regroupent en deux voix distinctes.
  • L'article 43 témoigne là aussi d'un désaccord, les tanneurs de Givet-Notre-Dame demandent à pouvoir assurer un contrôle strict sur la sortie des écorces, les autres communes (dont Landrichamps) au contraire souhaitent que celles-ci puissent s'exporter librement, comme il a toujours été d'usage.
  • L'article 44 demande à ce que l'administration des bois communaux soient rendus indépendantes de monseigneur l'intendant, afin que ces bois puissent être partagés ou vendus à leur guise.
  • Et plus spécifiquement, l'article 63, ici reproduit :
Demande formée par la communauté de Landrichamp (sans s) seulement.

Cette communauté, qui n'a pas de revenus communaux, a une chapelle succursale de l'église paroissiale de Chooz; elle est séparée par de grandes montagnes de la paroisse, et par la Meuse; enfin il y a trois quarts de lieue de Landrichamp à Chooz; le curé ne contribue que pour 138 livres aux appointements du vicaire de Landrichamp ; le surplus de sa subsistance est fourni par les habitants; malgré la distance, les montagnes, les rochers et la Meuse, ils sont obligés d'envoyer leurs enfants nouveau-nés à Chooz pour y être baptisés et les morts pour y recevoir la sépulture, qu'ils y transportent sur des perches par le plus mauvais temps, au péril de leur propre vie ; cependant le curé jouit d'un revenu considérable, notamment de la dîme sous le district de Landrichamp; il ne fournit ni verrat, ni taureau décimal qui, de droit commun, sont à la charge des décimateurs. Elle supplie Sa Majesté d'interposer son autorité pour la faire jouir des avantages qu'elle demande de sa justice, n'étant pas en état de soutenir un procès avec son curé.»

Pour un peu de contexte historique, on peut visionner cette video qui explique ce qu'étaient les cahiers de doléances, les états généraux, et par qui ils étaient constitués dans le contexte de la révolution française, ou bien l'article qui accompagne cette video.

Coffre commun (18ème siécle)

En mairie se trouve un coffre fort du 18ème siècle muni de quatre serrures. Il devait contenir les documents et deniers communaux. Il ne pouvait s'ouvrir qu'en présence des quatre notables : le seigneur, le marguillier, le curé, et le bourgmestre, détenteurs chacun d'une clé.

Chronologie

17 septembre 1678 : le traité de Nimègue permettait à Sa Majesté Très Chrétienne Louis XIV d'obtenir Charlemont ou Dinant, au choix de Sa Majesté Catholique, Charles II roi d'Espagne : le choix se porta sur la «ville» de Charlemont. La paix fut définitivement signée le 17 juillet 1679. À dater de ce moment, Charlemont appartenait à la France ainsi que les localités voisines : Agimont, Charnois, Flohimont, Fromelennes, les deux Givet, Gochenée, Hargnies, Haybes, Heer, Hermeton-sur-Meuse, Landrichamps, Matignolles, Rancennes, Romerée et Vireux-Wallerand.5)

1686 : Il est fait mention de l'église : elle est sous le vocable de Sainte Marguerite. Le recteur et mambour de cette église réclame devant le prévôt royal d'Agimont trois florins de rente à Jean Robin (de Felenne) dont les termes sont arriérés depuis 10 ans.6)

1757, 1764, 1776 : états de comptes communaux rendus au mayeur, échevins, jurés de la paroisse par le collecteur.7)

1779 : Procès intenté par les demoiselles Roussion de Givet à un nommé Ballaux de Landrichamps pour solde de marchandises livrées mais non payées. Budget communal : Recettes 727 livres, Dépenses 732 livres.8)

1787 : Landrichamps compte à peu près 70 habitants, vivant du travail dans le bois, cultivant un petit jardin et élevant, dans les pâturages des bords de Houille, quelques animaux pour assurer leur subsistance.9)

1787 : Antoine-Laurent de Jacquier de Rosée, capitaine d'industrie wallon né à Chalons-en-Champagne, introduit le travail du cuivre dans la vallée de la Houille. Il sollicite à Versailles la permission de construire «sur la rivière de Houille près Givet des fonderies, batteries, tréfileries, fonderies en cuivre et autres usines». La construction de l'usine est placée sous la direction de Jean-Jacques Maus, émigré en Angleterre pendant vingt ans, qui, à son retour, ramène des plans de constructions des machines à travailler le cuivre. On y produit principalement de la planche de doublage en cuivre pour les coques de bateaux mais aussi des chaudrons et du fil de laiton.10) 11)

5 mai 1789 : Début de la Révolution française qui durera une dizaine d'années.

De 1790 à 1800 : Landrichamps est affiliée au Canton de Chooz. Puis au canton de Givet de 1800 jusqu'à aujourd'hui.12)

1800 : Landrichamps compte 109 habitants.

1803 : Les ardennes dépendant du diocèse de Metz. Landrichamps est une annexe de Fromelennes.13)

1805 : L'annexe Landrichamps est élevée au rang de succursale.14)

4 septembre 1806 : Le sous-préfet de Rocroi autorise le baron Gédéon de Contamine «à construire sur la rivière de la Houille, au lieudit la Houillette, commune de Fromelennes, toutes les parties qui doivent concourir à l'établissement complet d'une manufacture de cuivre rouge et jaune».15)

1817 : Elisabeth d'Incourt de Frenchencourt, épouse d'Antoine-Laurent de Jacquier de Rosier, achète 400 verges de terrain à Rancennes, terrain sur lequel s'élèvera la fonderie de cuivre d'Aviette.16)

1820 : Le traité des limites (traité de Courtrai) définit les frontières entre la France et le Royaume des Pays-Bas (Nederland). La délimitation entre Felenne (Pays-Bas) et Landrichamps est décrite dans un procès verbal (voir article 9 de la page 146) établi par les géomètres, expliquant le chemin de pose des bornes ainsi que sur une carte.Certaines de ces bornes peuvent être trouvées dans les bois de Landrichamps.

1821 : Landrichamps compte 153 habitants.

29 septembre 1825 : décès d'Antoine-Laurent de Jacquier de Rosée. Les termes de l'héritage mettent du temps à se décider et ne sont fixés qu'en 1938.17)

1826 : Alphonse de Jacquier de Rosée, fils d'Antoine-Laurent, projette de construire sur la Houille une batterie pour la fabrication de chaudrons. Les travaux de «la batterie du vieux pré» commenceront en 1827.18)

1828 : La manufacture est louée à Jean-François Mesmin, elle est acquise en 1841 par les frères Edouard et Félix Estivant qui achètent par la suite toutes les manufactures de cuivre de la vallée de la Houille et de Givet.

1842 : Reconstruction de l'église Sainte Marguerite (maitre-autel classé).19)

1857 : La production de la manufacture cesse, elle est transformée en moulin à blé, puis en ferme. 20)

Vers 1870 : Alors que celle-ci ne fonctionnait déjà plus que par intermittence, la production de la batterie du Vieux Pré cesse dans les années 1870.21)

1881 : Landrichamps compte 147 habitants (147 en 1876, 159 en 1881 d'après les chiffres donnés sur wikipédia).

2) , 4) , 5) , 9) , 15) , 16) , 17) , 18) , 21)
Source : La vallée de la houille et l'aventure du cuivre, Bernard Saiselet
6) , 7) , 8) , 13) , 14) , 19)
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